Comment dépasser les conflits avec son adolescent ?

TRANSCRIPTION DE L’INTERVIEW : Comment dépasser les conflits avec son adolescent ?

Bonjour à tous, je suis Patricia MARIE-ANGELIQUE (PM) et j’ai la joie immense aujourd’hui d’être avec Christiane Larabi (CL). On va aborder le thème de la relation des parents avec leur adolescent et comment aider son adolescent à avoir confiance en lui.

PM :Bonjour Christiane

CL : Bonjour, Patricia

PM : Alors, je vais te présenter pour que ceux qui nous regardent te connaissent mieux. Tu es psychothérapeute et tu animes ici-même, au centre IFPNL à Paris, le stage confiance en soi et estime de soi pour adultes.

CL : C’est ça.

PM : Et tu as animé aussi pendant de nombreuses années le même stage dédié aux adolescents qui est sur deux jours celui-là. Tu as passé la main depuis peu à Yan Mercoeur. Tu es aussi l’auteur entre autres des livres Aidez votre ado à avoir confiance en lui.

CL : C’est ça.

PM : et Cinquante bonnes façons de renforcer estime et confiance en soi avec la PNL que tu as écris avec Josiane De Saint Paul.

CL : Exact, oui.

PM : Alors, qu’est ce qui t’as amenée à t’intéresser à l’estime de soi et plus particulièrement aux adolescents ?

CL : Alors ce qui m’a amené à m’intéresser aux adolescents c’est parce que dans ma patientèle, j’ai travaillé avec les adolescents et les enfants. J’ai eu l’occasion de parler avec eux de la confiance en soi et de l’estime de soi. J’ai vu qu’ils avaient besoin de renforcer cette estime de soi, cette confiance en soi, qu’ils se sentaient souvent incompris, pas soutenus, pas encouragés. A cette occasion, j’ai décidé de mettre en place des ateliers pour eux.

PM : Les adolescents sont mal à l’aise dans leur corps, leur image de soi…, il y a beaucoup de transformations, elle est souvent déformée pendant cette période-là. Comment les parents peuvent-ils faire pour aider leur ado à avoir une meilleure image de soi ?

CL : Alors, je pense qu’effectivement c’est une période de transformations importantes et de vulnérabilité. En même temps, il y a une métamorphose physique, il y a une maturité intellectuelle. Au niveau émotionnel, c’est assez chamboulant aussi. Donc, c’est important de les accompagner en tant que parents pour vivre au mieux cette période. Je pense qu’il y a une image de soi qui est importante à ce moment-là, ils sont très sensibles à l’image qu’ils ont et qu’on leur renvoie.

PM : Oui, (rires)

CL : Donc, je pense que s’ils focalisent sur un bouton sur le nez ou sur le front, c’est important de leur montrer l’ensemble de leur physique, de les soutenir et de les aider à s’accepter tels qu’ils sont et à accepter cette période de changements qui ne va pas s’éterniser longtemps, l’adolescence.

PM : Oui

CL : Parfois, les parents sont démunis parce qu’ils ont mal vécu eux-mêmes leur adolescence et leur adolescent les renvoie à leurs expériences personnelles.

PM : Oui, (rires)

CL : Et, c’est bien d’en parler ensemble justement. de dire voilà moi j’ai mal vécu mon adolescence, est-ce que toi tu…, de quoi tu as besoin, maintenant ?

PM : C’est vrai que souvent les parents, moi-même parent de deux enfants, on a peur de dévoiler nos « failles » alors que pour toi c’est même positif d’en parler avec eux.
CL : Complètement, C’EST IMPORTANT DE PARLER DE SOI.
Et eux sont très intéressés justement de connaître l’histoire de leurs parents. Comment ils ont vécu leur adolescence. C’est l’occasion justement d’échanger là-dessus et j’encourage les parents à en parler.
Et c’est vrai que l’avis de leurs amis compte beaucoup à ce moment-là. Sur l’image qu’ils peuvent renvoyer parce qu’il y a une question de mode aussi. Donc c’est important de tenir compte de leurs goûts et de ne pas imposer les goûts des parents aux adolescents. Parce que ça contribue à une bonne image de soi pour les adolescents ça. Je pense que c’est important qu’ils choisissent leurs vêtements. Parce qu’ils ont besoin de se fondre dans ce que vivent les autres adolescents aussi. Et la mode est importante à ce moment-là.

PM : Oui, pour l’appartenance à un groupe aussi parce que souvent c’est….

CL : Absolument, absolument et ça fait partie de l’appartenance au groupe.

PM : Oui, (rires). Et, justement, que pourrait-il se passer si un adolescent arrête d’exprimer ses émotions ?

CL : Ah, ça c’est une question importante. Je prends beaucoup de temps pendant les ateliers pour parler de ça.

Parce que TOUT CE QUI NE S’EXPRIME PAS, S’IMPRIME.
C’est-à-dire que les émotions non exprimées créent des tensions dans le corps qui, à la longue, créent des symptômes, voire des maladies. Donc, ils sont très conscients de l’importance des émotions. Et nous abordons les émotions les plus importantes, enfin les plus vécues par toute la planète. Qui sont la peur, la tristesse, la joie, la colère, le dégoût, la surprise. Et, on s’intéresse par exemple à la peur, la colère et la tristesse. Ils comprennent très vite que chaque émotion informe sur un besoin important.

PM : Oui

CL : Ils prennent conscience de leurs besoins à travers les émotions. La peur informe sur le besoin de sécurité, d’être rassuré. La tristesse informe sur le besoin d’être soutenu, un besoin d’une présence. La colère sur le besoin d’être compris, respecté, écouté. Donc, quand il y a une valeur qui n’est pas respectée ça met en colère. Ça leur permet d’apprendre à accepter leurs émotions, à les exprimer et ça, ça les aide beaucoup, ça les intéresse beaucoup.

PM : Oui

CL : Et c’est important aussi entre parent et ado de savoir exprimer ses émotions. Et si le parent est à l’aise avec ses émotions, il encouragera son ado à les exprimer aussi.

PM : Oui, donc le parent aussi doit exprimer ses émotions et entendre aussi son enfant.

CL : Oui, bien sûr, c’est le langage authentique le langage des émotions. Ça valorise chacun des deux et ça créée des relations authentiques. Voilà.

PM : Si la colère, par exemple, exprime un besoin du jeune qui n’est pas satisfait. À ce moment-là, si le parent est ouvert à son émotion de colère, il peut comprendre le besoin qui n’est pas nourrit. Et justement l’aider à nourrir ce qu’il a besoin.

CL : Absolument

PM : Et puis à aller dans le sens de ses valeurs.

CL : Tout à fait, tout à fait. Les émotions ça fait partie de la vie, c’est ce qui nous montre qu’on est en vie.

PM : Oui, (rires)

CL : Et je pense que c’est vraiment important dans une relation parent/enfant d’être à l’aise avec ses émotions.

PM : Oui

CL : Donc, les reconnaître, les nommer déjà. Et puis bien les exprimer, d’une façon juste, voilà.

PM : Oui, (rires)

CL : Parce que chacun est responsable de ses besoins et à l’adolescence. C’est un passage de l’enfant à l’âge adulte. C’est important de commencer à prendre conscience de sa responsabilité.

PM : Oui

CL : On insiste là-dessus pendant le stage.

Comment être responsable de ce qu’on ressent, de ce qu’on pense, de ce qu’on fait, pour devenir un adulte.

PM : Oui, (rires). Tu parlais tout à l’heure justement de la relation qui était importante entre l’ado et ses amis. C’est vrai que cette relation est très importante pour installer la confiance en soi pour l’ado. Il est aussi très important que les parents prennent du temps pour faire des activités, des sorties avec leur adolescent. Pour préserver le lien. Si tu peux nous dire aussi un mot par rapport à ça ?

CL : Oui, les amis sont plus importants que les parents, on pourrait penser à l’adolescence. En même temps, l’adolescent se sépare de ses parents, mais ça ne veut pas dire qu’il coupe le lien. Parfois, les parents ont du mal à se séparer des ados.

PM : Oui, (rires)

CL : Parfois, ça vient du parent qui a du mal à se séparer de l’ado.

PM : Oui, (rires) c’est vrai.
CL : Alors c’est intéressant parce que peut-être que ça lui parle de son histoire à lui au parent. Mais si le parent comprend que c’est une séparation et pas une rupture du lien. Il va accepter que son adolescent s’investisse avec ses amis.
C’est normal, ses amis sont tellement importants parce qu’ils vivent les mêmes choses, ils ont plein de choses à partager.
Et si le parent accepte cette séparation, ce sera plus facile à vivre. Sinon, l’adolescent, qu’est-ce qu’il va faire ? Il va se rebeller, il va s’écraser, il va s’isoler, c’est dommage. Donc, c’est important de vivre cette période comme une séparation. Et, en même temps, l’adolescent a besoin de se séparer et il a besoin encore de ses parents. Ça le sécurise. C’est important parce qu’il a besoin de se construire, de se trouver en se séparant de ses parents. C’est comme ça qu’il se trouve.
PM : Oui
CL : C’est le moment aussi, je dirai, de faire des choses ensemble, de faire des activités. Ce n’est plus le moment d’être ensemble mais de partager des activités. À condition que ça plaise aussi au parent. Si le parent se force à faire quelque chose avec un ado, c’est mal vécu par les deux. Donc, faire des activités ensemble, sportives ou culturelles ou quelles qu’elles soient. C’est trouver des moments pour faire des choses ensemble.

PM : Oui, et qui plaisent à chacun. Et, en même temps, le fait de « se forcer » un petit peu à connaître l’activité de son ado, nous permet de mieux connaître son monde.
CL : Lui demander qu’est-ce que tu aimes par exemple ?
PM : Voilà, voilà et mieux connaître ses goûts aussi en fait.
CL : Alors, c’est vrai que ce n’est pas toujours facile de faire des choses ensemble parce que je compare souvent les ados à des chats.

PM : (rires)

CL : Parce que les chats c’est quand ils veulent. Tu as remarqué les caresses c’est quand ils veulent. Les ados c’est quand ils veulent aussi. Donc, il faut presque prendre rendez-vous avec eux.
PM : (rires)
CL : Et les chats c’est vraiment indépendant en même temps ça a besoin de caresses, tu vois.
PM : Oui

CL : Donc, les ados, ils veulent être indépendants et en même temps ils ont besoin des parents. Je compare les ados aux chats et les petits aux chiens. Les chiens c’est tout le temps les caresses, les petits aussi autant qu’on veut.
PM : Oui, oui (rires)

CL : Voilà, c’est une image.
PM : A partir de quel moment est-ce qu’il peut se mettre en place un conflit justement entre le parent et son adolescent ?
CL : A partir du moment où l’un et l’autre ne s’écoutent pas, ne se comprennent pas et ne se parlent plus. Le conflit commence. En PNL, on a des outils vraiment formidables pour pouvoir gérer ces conflits.
On peut essayer de se mettre à la place de l’autre pour comprendre ce qu’il veut, son besoin. Et qu’est-ce qu’il y a derrière ce comportement rebelle ou agressif ou mutique. Il y a un exercice qu’on appelle les positions de perception. Le parent imagine qu’il s’adresse à son enfant, à son adolescent. Il l’imagine en face de lui et lui exprime ce qu’il a à lui exprimer. Par exemple, un conflit classique sur les heures de sortie…
PM : Oui, (rires) par exemple.
CL : …ou les heures qu’on passe sur Internet. Mais si on prend l’exemple des sorties. L’adolescent peut demander à ses parents une autorisation pour sortir un samedi soir. Et rentrer plus tard que d’habitude. Parce que c’est l’anniversaire de sa meilleure amie ou de son meilleur ami. Le parent dit que « c’est minuit et pas après » et l’adolescent dit « non, c’est exceptionnel, c’est l’anniversaire de mon ami(e). Je veux rentrer plus tard, on fait quelque chose d’exceptionnel ». Si, le parent reste sur sa position, le conflit va se durcir. On ne communique plus et là le conflit est démarré. Ça peut être l’escalade, ça peut aller plus loin. Alors, un exercice en PNL nous permet justement d’aller dans les chaussures de son adolescent. De comprendre ce qui est important pour lui.
Cet exercice nous fait nous déplacer dans l’espace pour aller se mettre dans les chaussures de l’adolescent. Pour vivre ce qu’il vit et, à ce moment-là, on se rend compte vraiment de ce qui est important pour lui. C’est les amis, c’est de partager des choses avec les autres, pour être accepté en fait.
Etre accepté par les ados de son âge, c’est vraiment important.
Et, à ce moment-là, en revenant dans ses chaussures de parent, on peut lui dire « ok, j’ai compris que c’était important pour toi de partager ces moment-là avec tes amis. J’ai entendu que c’était exceptionnel. Exceptionnellement je t’autorise à rentrer à minuit et demi ou une heure ». On négocie sur le temps. Le fait d’aller dans les chaussures de son adolescent aide à mieux le comprendre, à comprendre son besoin.
Ça ne veut pas dire qu’on permet tout. On peut mettre des limites et c’est nécessaire de mettre des limites, en étant dans le dialogue, dans le lien. L’adolescent a besoin de limites parce que c’est vraiment ce qui le construit et ce qui le rassure. C’est sa colonne vertébrale. Donc, les limites sont essentielles, mais avec les limites il y a la communication qui est indispensable. On peut mettre des limites et on peut communiquer.
PM : Oui, et les limites comme ça seront acceptées et mieux comprises aussi.
CL : Voilà et on en parle. Et ça a du sens de mettre des limites. C’est pour l’aider à respecter les limites dans la vie plus tard aussi, parce qu’il va rencontrer des limites. S’il n’a pas de limites, ça peut être dommageable pour lui et pour l’estime de soi. Quand un enfant ou un adolescent a des limites dans sa vie, posées par les parents. Pas imposées mais posées. Et bien ça l’aide à devenir adulte et ça le rassure surtout. Il se sent important aux yeux de ses parents.
PM : Comment les parents peuvent faire justement pour dépasser les conflits tout en arrivant à poser les limites ? Je ne sais pas si tu as tout dit par rapport à ça ou si tu veux redonner quelques clés ?

CL : Pour éviter le conflit, je pense que c’est important de choisir le bon moment aussi. Quand l’adolescent est en colère ou rebelle il n’entend rien. Donc, c’est peut-être choisir d’en parler plus tard. Pour dire voilà on peut revenir sur ce qui s’est passé. Et lui dire, voilà ce qui s’est passé, comment je l’ai vécu. Et écouter comment lui aussi l’a vécu et de quoi a-t’ il besoin ?
PM : Oui
CL : On en revient toujours à ça. Quel est le besoin de l’un et le besoin de l’autre ? Et comment se faire entendre à ce niveau-là ? Comment chacun respecte le besoin de l’un et de l’autre ? Et quand on reconnaît le besoin de l’un et de l’autre, le conflit se désamorce en général. C’est la meilleure façon de désamorcer un conflit.
PM : Oui, vraiment de comprendre et d’entendre le besoin de l’autre et de ne pas se braquer. En se disant « je veux juste que mon besoin à moi soit nourrit ».
CL : Voilà, au moment du conflit personne n’entend plus rien, d’accord. Donc, c’est plus sage de se reparler plus tard. Et de se dire maintenant on est au calme, est-ce qu’on peut revenir sur ce qui s’est passé ? Et puis, parfois, c’est important aussi en tant que parent de reconnaître qu’on peut se tromper.
PM : Oui
CL : Ça arrive aussi en tant que parent de faire des erreurs et on peut le dire à son adolescent. Là je me suis trompé(e), effectivement tu avais raison. Ça leur apprend à reconnaître qu’ils se trompent aussi, ça sert de modèle. J’ai remarqué que de toute façon quand on les écoute, quand on les écoute vraiment, pas quand on les écoute en réfléchissant à ce qu’on va leur dire après, et bien, ils nous disent des choses très intéressantes.

Je suis impressionnée par leur curiosité, leur intelligence, leur sensibilité.
Et, quand il y a des conflits, par exemple, que je leur demande « qu’est-ce que tu aurais fait toi à la place de tes parents » et bien les limites sont beaucoup plus dures.
PM : Ah oui ! (rires)
CL : Moi, j’aurai mis des limites beaucoup plus dures ou des sanctions aussi parfois ! Et on est étonné de leur réaction. Parce qu’effectivement, les adolescents, la plupart ne communiquent pas vraiment avec leurs parents. Ils communiquent avec leurs amis, c’est pour ça qu’ils passent tout ce temps avec leurs amis, pour parler de ce qu’ils vivent. J’encourage les parents à communiquer avec leurs adolescents et à les traiter comme de futurs adultes. Ce sont des jeunes adultes en puissance.
PM : Oui, (rires)
CL : C’est une période vraiment de changements qui n’est pas confortable à vivre pour eux.
PM : Oui.
CL : Mais, en même temps, c’est une telle transformation qu’il peut se passer pleins de choses. Il ne faut pas rater ça. Moi, je me suis beaucoup enrichie.
J’ai découvert des potentialités énormes, et les encourager, les valoriser, les soutenir c’est vraiment la clé pour qu’ils gagnent en estime de soi et en confiance en soi.
PM : Merci beaucoup, c’était vraiment un beau partage, un grand merci et une grande gratitude. Je mettrai le lien sous la vidéo, du centre IFPNL ici ou tu animes les ateliers Estime de soi, confiance en soi pour adultes. Pour aussi celui que Yan Mercoeur anime, pour les ados. Et aussi la référence des livres que tu as écris.
Je vous remercie de me suivre, de vous abonner aussi à ma chaîne. N’hésitez pas à partager pour qu’il y ait le plus grand nombre de parents qui aient toutes ses clés.
Merci à tous. Au revoir.
Au revoir Christiane.

CL : Au revoir, merci à toi.

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Je suis l’heureuse maman de 2 enfants qui me font grandir et évoluer chaque jour. Sur ce blog, je partage mes découvertes et mes expériences à travers les familles et couples que j’accompagne. La Parentalité Bienveillante ainsi que la Communication Non Violente ont changé le quotidien de nombreuses familles et j’espère qu’elles changeront aussi le vôtre.
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