Quels sont les bienfaits du théâtre pour les enfants ?

Transcription améliorée :

Quels sont les bienfaits du théâtre pour les enfants ?

Bonjour à tous, Patricia MARIE-ANGELIQUE  de la chaîne Youtube Famille et couple heureux et du blog Famille et couple heureux.com. Je suis très heureuse aujourd’hui d’être avec Rachid Bouali et nous allons vous parler du théâtre et des ateliers théâtre pour enfants.

Patricia Marie-Angelique : Bonjour Rachid

Rachi Bouali : Bonjour

Patricia Marie-Angelique : Tu es comédien professionnel depuis 1988 et le fondateur de la compagnie La Langue Pendue. Tu es aussi conteur et metteur en scène. Le créateur de plusieurs spectacles qui s’inspirent de l’univers des contes, de la mythologie et du récit de vie comme « Minotaures », « Cité Babel » et « En fer et en os ». Tu as également participé à un téléfilm en 2004 qui s’intitule « Jusqu’au bout ». C’est bien ça ? (rires)

Rachi Bouali : Oui, tout à fait. Je n’ai rien à rajouter.

Patricia Marie-Angelique : Je voudrais savoir : Comment as-tu découvert le théâtre ?

Rachi Bouali : Alors j’ai eu la chance d’avoir un animateur socio-culturel dans la cité ou j’ai grandi à Hem, une petite ville à côté de Roubaix dans le Nord. On avait vraiment une chance parce que c’était pour nous, dans un quartier fermé une vraie ouverture. Quelqu’un de l’extérieur qui s’installe, qui est animateur au centre social et qui est passionné de théâtre. J’ai envie de dire, la passion c’est comme une maladie, ça s’attrape, c’est comme la fièvre. Donc, en fait, j’avais 6 ans, 7 ans quand j’ai commencé.

Patricia Marie-Angelique : Ah oui !

Rachi Bouali : Oui, et j’ai jamais quitté.

Patricia Marie-Angelique : Que t’as apporté le théâtre ?

Rachi Bouali : Dans mon souvenir, dans quel état j’étais ? Au départ quand on a 6 ans, 7 ans, 8 ans, c’est ludique. On joue. D’ailleurs, on dit on joue au théâtre. On vient, on joue, on fait des scènes. On joue à être un autre personnage et puis on fait des petites représentations. Comme dans un anniversaire ou un rassemblement de famille où il y a les enfants qui ont préparé un petit spectacle. Bon voilà, c’est juste enthousiasmant.
Et puis, après on grandit, après on devient adolescent, et ça devient vrai, comme quelque chose, comme un cheval à dompter. C’est-à-dire qu’on est à l’âge des challenges et là on nous donne du texte à apprendre. On est plus nous-même, on est puissant sur scène. On sent comme une force, la force de maîtriser des choses et donc on se prend vraiment au jeu.
Et là, on attaquait à l’époque, 14 ans, 15 ans. On faisait déjà des textes comme « Le cercle de craie » de Bertolt Brecht. C’était des pièces d’une heure et demie, deux heures, avec un entracte, avec des costumes, avec de la musique. Enfin, c’était vraiment extraordinaire, avec un décor, tout ça. Et tout le monde attendait le spectacle à la fin de l’année. On faisait salle pleine, à la salle des fêtes où il y avait les parents, je ne sais pas moi, le public de la ville qui se déplaçait pour venir voir. C’était un évènement. Et là, on se sentait vraiment…
Et donc, si je continue. Après 14 ans, on a 15, 16, 17, 18 ans. A 18 ans, c’est vrai que ma scolarité n’était pas terrible. J’étais, on peut dire, un peu en échec scolaire. J’ai redoublé ma 4e, j’ai redoublé ma 3e. Mais j’avais presque dix ans de théâtre derrière moi déjà.

Patricia Marie-Angelique : Et, tu peux dire, du coup, que même pendant cette période-là le théâtre…

Rachi Bouali : Je ne l’ai jamais quitté.

Patricia Marie-Angelique : … que t’as apporté le théâtre pendant ces moments d’échec scolaire ?

Rachi Bouali : En fait, c’était un chemin parallèle. C’est-à-dire que d’un côté j’étais perdu sur mon chemin de l’école parce que je n’avais plus de repères.  Je ne comprenais plus rien aux cours de maths, j’avais vraiment des salles notes, des pluies d’avertissement. Et de l’autre côté, j’étais sur le chemin en parallèle du théâtre où c’était enthousiasmant, on maîtrisait les textes, on était là à l’heure aux rendez-vous, on répétait des heures et des heures à n’en plus finir. Parce qu’à l’approche des premières, on répète jusqu’à une heure du matin !

Pour un jeune c’est Wouah quand même, comme un vrai métier quoi. Ce qui fait que ça a déclenché un processus quand j’ai eu 18 ans, j’ai dit à mon père : « papa, l’école ça va pas, par contre le théâtre c’est génial et je veux en faire mon métier ». Il y a eu un temps de silence, je l’ai pris à l’heure de la sieste et il m’a dit : « Je te fais confiance ».

Patricia Marie-Angelique : Ah super.

Rachi Bouali : Ça c’était la phrase à dire. C’est-à-dire que si je n’avais pas eu sa bénédiction, je l’aurais fait quand même, mais là j’ai pris sa confiance comme un bagage, je l’ai mis sur le dos et je suis parti avec la fierté de mes parents. Et, à chaque fois, mon père me disait : « C’est bien, c’est bien, tu veux faire le théâtre ». Et il me regardait.

De temps en temps, j’étais dans les articles de journaux. Et puis dans le Nord je suis connu donc il faisait « ah c’est bien, c’est bien » et ça le conforte dans l’idée… Parce qu’au moment où il m’a dit ça, j’ai eu peur ! Imaginez, s’il me dit non « oh bah je m’en fous je vais le faire quand même » mais s’il me dit oui « oh, ça y est, il ne faut pas que je le déçoive ». Donc, du coup, j’ai tracé et depuis l’âge de 18 ans, j’en ai presque 50, là j’en ai 49, et bien je n’ai jamais été au chômage. J’ai toujours travaillé, travaillé, travaillé.

Patricia Marie-Angelique : Et là, tu créés ici, au théâtre André Malraux, un spectacle avec Gilles Verièpe, qui lui est chorégraphe. C’est pour et avec des enfants de 9 à 13 ans. Les enfants qui participent à ce stage ont une douzaine de séances. Et après, à la suite de ça, ils vont faire une représentation devant des centaines de personnes. C’est un gros challenge aussi pour ce groupe-là.

Rachi Bouali : Ah, c’est génial.

Patricia Marie-Angelique : Et, est-ce que tu peux nous dire, comment se passe justement les séances avec ces enfants ?
Rachi Bouali : Alors le thème c’est « Voyages ». Ça s’appelle « Voyages ». On voulait partir, on en a discuté avec ceux qui organisent au théâtre, Christel Penin, la directrice du théâtre de Chevilly, Emilie et puis toute l’équipe. C’est beau parce que c’est un voyage par la thématique du spectacle mais pour chacun à sa mesure c’est un voyage.

Pour certains, c’est la première fois qu’ils font du théâtre, pour d’autres, ils sont plus expérimentés. Mais, chaque nouvelle pièce est un nouveau challenge. C’est un nouveau voyage. Alors, on a des doutes, « ah ouais mais il nous demande de tous bouger en même temps, mais moi je ne suis pas un danseur ! »

Tout à l’heure encore il y en a un qui pleurait, qui me dit « oui, mais la chorégraphie, moi ce n’est pas mon truc ». Je lui dis « oui, mais moi je t’ai vu hier, tu ne t’es pas trompé, t’étais bien ». Alors je lui dis « on peut faire tout le temps ce qu’on sait faire, mais on ne grandit pas, on reste toujours pareil ! Par contre, là où tu as grandi c’est que depuis le début jusqu’à maintenant, maintenant tu maîtrises des choses que tu n’avais jamais fait, et ça waouh ». Alors en deux minutes, ces larmes se sont séchées, j’ai eu le soleil qui est revenu sur son visage…

Patricia Marie-Angelique : Ah, c’est beau

Rachi Bouali : … et il s’est dit « ouah, je suis un grand maintenant ! » J’adore !

Patricia Marie-Angelique : C’est super (rires)

Rachi Bouali : J’ai des enfants aussi, c’est vrai que chaque enfant qui passe sur le plateau c’est mon fils ou ma fille. C’est-à-dire que je me vois aussi, parce qu’on a aussi essuyé des espoirs et des désespoirs au théâtre : « oh, lui il a plus de texte que moi ! ».
Alors, il faut expliquer qu’être sur scène, la qualité ne vient pas de la quantité de texte. Il y en a qui parle beaucoup mais en fait qu’on n’écoute même pas parce qu’ils n’ont pas vraiment de prestance, ils n’ont pas de charisme, ils n’ont pas de présence. Par contre, il y en a qui n’ont rien à dire, ils sont juste dans le fond et on ne voit qu’eux.
Donc, à chacun de travailler, d’être le plus, le plus grand sur scène, le plus beau sur scène.
Et puis que nous, (Gilles comme chorégraphe, moi en tant que directeur d’acteurs ou metteur en scène), d’essayer de les amener là où ils vont pouvoir donner du mieux qu’ils peuvent.

Patricia Marie-Angelique : D’après ton expérience personnelle et professionnelle, s’il y a des parents qui nous regardent, qui hésitent à inscrire leur enfant à un cours de théâtre. S’ils pensent que leur enfant est trop timide pour ça, qu’est-ce que tu pourrais dire justement par rapport à ça ?

Rachi Bouali : Pour moi, c’est une vrai chance, et je le dis en regardant la caméra. C’est une vrai chance de faire du théâtre. Moi, j’ai vu sur scène des enfants commencer : 6 ans, 7 ans, 8 ans. Il y a une année, que je situerai entre 9 et 12, c’est un point de non-retour.
C’est-à-dire je vois la métamorphose de l’enfant et il gardera cette métamorphose, ça l’accompagnera toute sa vie dans tout ce qu’il fera, qu’il travaille dans un bureau, qu’il travaille en tant que sportif. C’est extraordinaire, c’est une espèce d’épanouissement.
J’ai vu des enfants, fille ou garçon, réservés, renfermés, limite ce n’est pas vulgaire dans ma bouche, mais limite autistes, comme s’il y avait un problème de relationnel presque une pathologie. Et, de les voir un moment donné, c’est que tout est dans la graine.
C’est-à-dire que nous les animateurs on est de passage et on ne verra peut-être pas. Parce-que l’enfant va faire un an ou deux avec nous. Après il va changer de club théâtre ou de ville, il va peut-être déménager, et il va continuer. Ce point de non-retour au moment où il va s’opérer, je vous jure que vous ne reconnaissez pas l’enfant.
Celui qui était timide trois ans avant, on le voit sur scène en train de prendre des directives : « non, non tu t’es trompé là, ce n’est pas là que tu dois le mettre, c’est là ». Qu’est-ce qui se passe ? D’un coup, c’est lui qui se retrouve avec le premier ou le deuxième rôle.
Je me dis mais ce n’est pas possible, il y a trois ans, c’était inimaginable.

Il faut leur laisser le temps, il n’y a pas de rentabilité à avoir. Il ne faut pas investir l’enfant en se disant « allez, on se dépêche, je vais payer sa cotisation, il faut qu’à la fin de l’année il sache articuler et il arrête de bégayer ». Non, non, non, il n’y a que lui qui c’est. Quand il sera prêt, c’est lui qui décidera, c’est tout.
Nous, on est là pour accompagner et les parents pareil. Je suis parent aussi, on n’a pas à brusquer. Parce que de toute façon c’est très simple, on veut aller plus vite que la machine, on détruit la machine. Ce ne sont pas des machines, ce sont des enfants.
A défaut de vouloir absolument que son fils soit le premier ou que sa fille soit, elle, en première sur scène sur un plateau d’argent. On peut tout casser, on peut la détruire psychologiquement. Et qu’elle reparte de là en faisant plutôt une dépression en disant «  de toute façon je suis nulle, regarde, et puis en plus je me suis payée la honte devant 200 personnes ». Plutôt que de la laisser avec son rythme intérieur.
De toute façon, je ne sais pas si Darwin l’a dit, mais c’est génétique. C’est en nous, c’est-à-dire que tout est fait, on a tout au départ pour l’évolution. L’évolution se fera avec des bons accompagnateurs et accompagnatrices, c’est surtout ça qu’il faut gérer. Il faut voir si on met bien nos enfants en face des bonnes personnes. Une fois que c’est mis en place, il faut comme un arbre, comme un arbrisseau, une plante, il faut arroser, il faut de la lumière, il faut du temps. S’il n’y a pas de temps, on ne fera rien du tout. On fera des espèces de trucs complètement déformés, mais ça ne tiendra pas le temps.

Patricia Marie-Angelique : En tout cas, merci de toutes ces explications.
Rachi Bouali : Merci

Patricia Marie-Angelique : J’ai hâte de voir la représentation du groupe d’enfants que tu as suivis justement cette année. Je mettrai sous la vidéo les liens des différents spectacles que tu as fait, pour ceux qui nous regardent qui veulent mieux connaître ton univers.
Rachi Bouali : Avec plaisir
Patricia Marie-Angelique : En tout cas, je vous remercie à tous de suivre ma chaîne, abonnez-vous, partagez, likez pour qu’il y ait le plus de parents, familles qui soient au courant des ateliers qui existent au théâtre et c’est vraiment super. Merci encore Rachid et au revoir tout le monde.

Rachi Bouali : Merci, au revoir.

Les personnes qui ont regardé cette interview ont également regardé Tout savoir sur les cours de théâtre pour enfants !

Lien du site de Rachid Bouali pour voir l’ensemble de ses spectacles, cliquez ici

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Commentaires

  • cimetiere

    octobre 28, 2018 at 22 h 01 min
    Répondre

    La piece etait génial, j'étais présente hihi

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Je suis l’heureuse maman de 2 enfants qui me font grandir et évoluer chaque jour. Sur ce blog, je partage mes découvertes et mes expériences à travers les familles et couples que j’accompagne. La Parentalité Bienveillante ainsi que la Communication Non Violente ont changé le quotidien de nombreuses familles et j’espère qu’elles changeront aussi le vôtre.
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